{"id":96,"date":"2006-02-05T22:22:35","date_gmt":"2006-02-05T20:22:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.schlingensief.com\/weblog\/?p=96"},"modified":"2006-02-05T22:22:35","modified_gmt":"2006-02-05T20:22:35","slug":"une-piece-genialement-bordelique-de-schlingensief-liberation-paris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.schlingensief.com\/weblog\/?p=96","title":{"rendered":"&#8222;Une pi\u00e8ce g\u00e9nialement bord\u00e9lique de Schlingensief&#8220; (Lib\u00e9ration, Paris)"},"content":{"rendered":"<p><strong>&#8222;Kunst &#038; Gem\u00fcse &#8211; Ein genial chaotisches St\u00fcck&#8220;. Lesen Sie die &#8222;Lobrede auf die Verzerrung&#8220; aus der frz. Tageszeitung &#8222;Lib\u00e9ration&#8220; im Original!<\/strong><br \/>\n<img loading=\"lazy\" src=\"..\/images\/dummie.gif\" width=\"1\" height=\"15\" border=\"0\"\/><br \/>\nUne pi\u00e8ce g\u00e9nialement bord\u00e9lique de Schlingensief<br \/>\nEloge du distordu<br \/>\n<img loading=\"lazy\" src=\"..\/images\/dummie.gif\" width=\"1\" height=\"15\" border=\"0\"\/><br \/>\n<em>Par Ren\u00e9 SOLIS<\/em><\/p>\n<p>L&#8217;horloge au mur est formelle : Kunst und Gem\u00fcse, A. Hipler, le spectacle que Christoph Schlingensief pr\u00e9sente \u00e0 Bobigny dans le cadre du festival le Standard id\u00e9al, dure exactement une heure. Probl\u00e8me : votre montre est tout aussi formelle : entr\u00e9 peu avant 21 heures dans la salle de la MC 93, inutile d&#8217;esp\u00e9rer en ressortir avant 22 h 45. Qui a raison ?<\/p>\n<p>\u00abAberration\u00bb. Plus qu&#8217;une fac\u00e9tie de mise en sc\u00e8ne, ce d\u00e9calage horaire entre sc\u00e8ne et salle r\u00e9sume bien un spectacle dont la distorsion semble la raison d&#8217;\u00eatre. On trouve dans le Petit Robert trois d\u00e9finitions du mot. Dans l&#8217;ordre : \u00abUn \u00e9tat d&#8217;une partie du corps qui se tourne d&#8217;un seul c\u00f4t\u00e9 par le rel\u00e2chement des muscles oppos\u00e9s, ou par la contraction des muscles correspondants\u00bb ; une \u00ababerration produite par les miroirs, les lentilles et d\u00e9formant les objets\u00bb ; et un \u00abd\u00e9s\u00e9quilibre entre plusieurs facteurs entra\u00eenant une tension\u00bb. Kunst und Gem\u00fcse (litt\u00e9ralement \u00abDe l&#8217;art et des l\u00e9gumes\u00bb) est tout cela \u00e0 la fois.<\/p>\n<p>\u00abLe corps qui se tourne d&#8217;un seul c\u00f4t\u00e9\u00bb est pr\u00e9sent \u00e0 l&#8217;avant-sc\u00e8ne. Clou\u00e9e dans son lit, l&#8217;actrice \u00ad ex-prof \u00ad Angela Jansen souffre depuis 1988 d&#8217;une scl\u00e9rose lat\u00e9rale amyotrophique. En clair, elle ne communique plus qu&#8217;avec le regard. Dans le spectacle, elle intervient par le biais d&#8217;une cam\u00e9ra au laser, reli\u00e9e \u00e0 un \u00e9cran d&#8217;ordinateur sur lequel on peut lire ses instructions aux acteurs ou ses commentaires. Dont celui-ci : \u00abIl ne me manque rien ; simplement, je ne peux pas bouger.\u00bb<\/p>\n<p>Pour ce qui est de \u00abl&#8217;aberration produite par les miroirs et les lentilles\u00bb, Schlingensief est un sp\u00e9cialiste. Il n&#8217;est pas seulement f\u00e9ru de vid\u00e9o et de cin\u00e9ma, mais de toutes les formes anciennes d&#8217;images anim\u00e9es, de camera oscura en kin\u00e9toscope. Sans parler du kal\u00e9idoscope. Un terme utilis\u00e9 par Adorno pour qualifier la musique de Sch\u00f6nberg, dont il \u00e9crivait aussi qu&#8217;elle r\u00e9glait \u00abd\u00e9finitivement ses comptes avec le son fluide et fonctionnel de Wagner\u00bb.<\/p>\n<p>Dans Kunst und Gem\u00fcse, les deux musiciens sont omnipr\u00e9sents. Sch\u00f6nberg, \u00e0 travers les quatre mouvements de son op\u00e9ra Von Heute auf Morgen, qui servent de fil rouge \u00e0 la repr\u00e9sentation. Et Wagner, parce que le spectacle revient sur la pol\u00e9mique de l&#8217;\u00e9t\u00e9 2004 suscit\u00e9e par le Parsifal mis en sc\u00e8ne par Schlingensief \u00e0 Bayreuth. On peut en voir des extraits, plut\u00f4t trash, sur des \u00e9crans. Et l&#8217;on a droit \u00e0 la lecture hilarante de la lettre envoy\u00e9e par les descendants du compositeur, et gardiens du temple, au metteur en sc\u00e8ne iconoclaste, pour lui signifier qu&#8217;il \u00e9tait d\u00e9sormais interdit de s\u00e9jour \u00e0 Bayreuth.<\/p>\n<p>Acharnement. L&#8217;art comme moyen de \u00abr\u00e9gler ses comptes\u00bb : le metteur en sc\u00e8ne n&#8217;y va pas de main morte. Il s&#8217;acharne contre une ic\u00f4ne centenaire et populaire, le com\u00e9dien et chanteur autrichien Johannes Heesters (n\u00e9 en 1903), all\u00e9grement trait\u00e9 de \u00abnazi\u00bb (le \u00abA. Hipler\u00bb du titre du spectacle renvoie \u00e0 Hitler). Il s&#8217;en prend aussi \u00e0 la collection Flick, l&#8217;une des plus importantes collections priv\u00e9es d&#8217;art contemporain, dont une petite partie est expos\u00e9e en ce moment \u00e0 Berlin ; ou plut\u00f4t il s&#8217;amuse \u00e0 pulv\u00e9riser la vacuit\u00e9 de certains discours autour de l&#8217;art contemporain (tout en \u00e9tant lui-m\u00eame un plasticien redout\u00e9 et reconnu).<\/p>\n<p>\u00abPalazzo mentale\u00bb. Recycleur fr\u00e9n\u00e9tique, il accumule sur sc\u00e8ne les r\u00e9f\u00e9rences et les clins d&#8217;oeil, des twin towers \u00e0 l&#8217;embrasement de la banlieue parisienne, de la Traviata \u00e0 We are the World, de King-Kong \u00e0 Jean-Luc Godard. Cela pourrait \u00eatre exasp\u00e9rant et c&#8217;est l&#8217;inverse. Dans ce palazzo mentale, les \u00abd\u00e9s\u00e9quilibres\u00bb entra\u00eenent toujours la tension, et les diff\u00e9rences entre les acteurs (certains sont professionnels, d&#8217;autres non) semblent nourrir l&#8217;harmonie de la troupe. Tout et pas n&#8217;importe quoi : un bordel \u00e0 la fois g\u00e9nial, joyeux et gla\u00e7ant, r\u00eave d&#8217;une oeuvre d&#8217;art totale jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;impossible.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8222;Kunst &#038; Gem\u00fcse &#8211; Ein genial chaotisches St\u00fcck&#8220;. Lesen Sie die &#8222;Lobrede auf die Verzerrung&#8220; aus der frz. 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